La session de la Chambre d’agriculture de Haute-Marne du 21 novembre a été l’occasion, pour les élus, de faire état de multiples inquiétudes au regard du contexte et en notant certaines contradictions venues de l’Europe ou de l’Etat. Le Conseil départemental est l’un des principaux partenaires du monde agricole, particulièrement en matière de circuits courts, d’eau et de soutien aux filières.

Jamais une session de la Chambre d’agriculture n’avait suscité autant de prises de parole. Marc Poulot, son Président, l’a noté. Michel André, Président de la commission « Environnement et tourisme » au Conseil départemental de la Haute-Marne a réaffirmé l’engagement de la collectivité aux côtés des agriculteurs. Il évoque « la remise des clés du nouvel abattoir en juillet 2024 », la mise en avant des producteurs locaux au Salon de l’agriculture et la convention partenariale qui lie le Département à la Chambre d’agriculture. Toutes les actions sont ICI.

Du côté agricole, Sébastien Riottot, Président de la FDSEA52, a signalé que la marche forcée imposée par l’Europe vers les jachères (4 % des terres) soulève « colère et incompréhension alors que le monde est instable, que les frontières se ferment et que la souveraineté alimentaire est prônée par l’Etat ».

Des contradictions qui amplifient les inquiétudes

Sébastien Riottot souligne des contradictions avec les discours au niveau national et fait remarquer que cette décision ne va pas dans le bon sens. Il le dit : « cette perte de production sèche a des conséquences sur la transmission des exploitations. Cela ajoute des incertitudes à des situations déjà compliquées ». Autre contradiction : l’obligation de préserver les pâtures captatrices de CO2 et, dans le même temps, la volonté de réduire le cheptel de bovins en Europe.

Sébastien Riottot ajoute aux doutes la menace des normes industrielles appliquées aux élevages avec l’obligation d’investir des millions d’euros sans la garantie de retour. Pour lui, « la meilleure solution, pour les éleveurs, sera d’arrêter tout lorsque leurs bâtiments vieilliront ». Le Président de la FDSEA52 résume : « faut-il croire qu’il faille encore produire ? Les obligations font penser le contraire ».

Il prévient : « la baisse des volumes de production aura des conséquences sur le nombre d’élevage, sur les industriels présents sur le département et sur les importations qui vont augmenter en lien avec les accords commerciaux mondiaux. Les productions seront difficilement pérennisées dans le temps. Nous tendrons vers de très grandes fermes difficilement transmissibles et la fin du modèle familial de Haute-Marne ».

« Les dogmes en agriculture ne sont pas bons »

Thierry Lahaye, membre de la Chambre d’agriculture, énonce à son tour : « les dogmes en agriculture ne sont pas bons ». Il donne deux exemples concrets : « la nouvelle réglementation en produits phytosanitaire sur la zone Natura 2000 va créer des déséquilibres économiques dans les exploitations et la réglementation en matière d’épandage du lisier sur des périodes très structures va à l’encontre de l’agronomie ». Thierry Lahaye s’inquiète aussi de l’avenir du bio au moment où les organismes stockeurs réorientent les productions vers les filières conventionnelles.

Mickaël Masselot, Vice-Président de la Chambre d’agriculture, met le doigt sur une autre contradiction de l’Etat entre « ses ambitions de développement des énergies renouvelables et le non soutien des unités de méthanisation alors qu’elles souffrent de la hausse des cours de l’énergie. Leur rentabilité est devenue impossible ».

Frédéric Thévenin

frederic.thevenin@haute-marne.fr